La prise parole, de 1986 à nos jours

Lundi matin, neuf heures. Un participant prend la parole devant le groupe pour son premier exercice. Il ne le sait pas encore, mais dans deux jours, il aura visionné dix fois son intervention. C’est souvent le moment clé de la formation : voir ce qu’on a fait, sans pouvoir s’en cacher.

Quand nous avons ouvert AIT en 1986, l’enjeu de la prise de parole se résumait, pour la plupart des apprenants, à une réunion d’équipe trimestrielle, un point d’avancement devant la direction, parfois un colloque pour les plus exposés. La parole était un événement. Elle se préparait, elle se vivait, et – c’est la nuance – elle disparaissait.

Deux évolutions ont rendu cet ancien équilibre obsolète.

La vidéo, partout, par tout le monde

N’importe quel auditeur peut aujourd’hui filmer une intervention avec son téléphone. Une réunion privée ou publique, un séminaire interne, un point presse, un live LinkedIn : la prestation laisse une trace. Une bonne intervention circule et fait gagner en crédibilité. Une mauvaise reste accessible des années plus tard, parfois ressortie au pire moment.

Cette permanence change le rapport au risque. On ne s’adresse plus à trente personnes dans une salle. On s’adresse à ces trente personnes, plus à toutes celles qui pourraient voir l’enregistrement demain, dans six mois ou dans dix ans.

La visio, où tout le monde parle

Avant 2020, la grande majorité des collaborateurs pouvaient traverser une carrière sans jamais s’exprimer en réunion mixte avec leur direction nationale ou internationale. Aujourd’hui, c’est devenu hebdomadaire. Et la visio enregistre. Et le replay est partagé.

Ceux qui restent muets en réunion Teams ne se taisent pas par discrétion – ils se taisent parce qu’on ne leur a jamais appris à parler dans ce format. Caméra fixe, voix sans corps, regard à viser dans un point précis de l’écran, silences qui paraissent deux fois plus longs qu’en présentiel.

Ce qui n’a pas bougé : les fondamentaux

La respiration. La structure du message. Le regard. Le silence assumé. La voix qu’on pose au lieu de la pousser. La conscience de son corps dans l’espace. Ces compétences n’ont pas pris une ride. La différence, c’est qu’elles sont devenues exigibles pour beaucoup plus de monde, et que les occasions d’être pris en défaut se sont multipliées.

C’est pour cela qu’AIT propose cette formation Prise de parole en public (https://ait.fr/formation-communication-orale/prise-de-parole-en-public-prendre-la-parole-devant-un-auditoire/) en deux jours — la base solide — et, quand le besoin se présente, en trois jours.

La troisième journée est dédiée à un intervenant métier qui apporte son expérience de terrain. Cette semaine par exemple, un journaliste est présent dans nos locaux : il dialogue avec les apprenants, observe leurs exercices, livre ses critiques. Sa lecture est différente de celle du formateur. Il sait ce qui fait qu’une déclaration sera reprise ou ignorée, comment une phrase mal calibrée devient un titre dévastateur, comment se sortir d’une question piège sans se sortir du sujet. Selon les sessions, ce rôle peut être tenu par un conférencier professionnel ou un intervieweur. Cela dépend de ce que les apprenants viennent chercher.

Un mot sur la peur de parler en public – parce que c’est par là que tout commence

J’ai évoqué dans des posts précédents le dispositif d’apprentissage des langues que nous avons mis en place : des séances individuelles avec un formateur dédié, couplées à un entraînement quotidien sur une IA conversationnelle. Le ressort pédagogique central de ce dispositif, c’est que l’IA permet à l’apprenant de s’entraîner à parler sans le regard d’un humain.

Pour l’adulte qui apprend une langue, le vrai blocage n’est presque jamais le vocabulaire ou la grammaire. C’est la peur de se ridiculiser à l’oral devant quelqu’un. L’IA fait sauter ce verrou. Quand l’apprenant arrive en séance avec son formateur, il a déjà parlé. Il a déjà osé.

La prise de parole en public, c’est exactement la même peur — mais inverse dans son traitement. Ici, on ne peut pas contourner le regard humain : c’est précisément lui qu’on apprend à affronter. Ce qui fonctionne, c’est le groupe restreint, la bienveillance du cadre, et la vidéo qui permet de se regarder calmement, à froid, et de comprendre ce qui s’est joué.

Une apprenante, Christelle Nicolas de Abreu, architecte, nous écrivait à la fin de sa session : « J’ai aujourd’hui les clés. J’ai compris pourquoi je n’avais pas réussi la prise de parole qui m’avait traumatisée. » Elle est repartie en sachant qu’elle pouvait y arriver. C’est le résultat qu’on cherche, à chaque session.

La prise de parole, quarante ans plus tard

Ce que je retiens, c’est ceci : les outils et les formats changent, l’auditoire s’élargit et prends place derrière un écran. Mais ce qui se joue quand quelqu’un prend la parole — la peur d’être jugé, le besoin d’être compris, le désir d’être suivi — n’a pas bougé d’un millimètre depuis que l’Humain s’est mis à parler en groupe.

Notre métier, c’est d’aider chacun à traverser ce moment avec ses propres armes. Pas de modèle unique, pas de recette miracle de coach. La voix de l’apprenant, mieux posée. Son corps, mieux occupé. Son message, mieux structuré. Et la vidéo de fin de session qui le surprend, lui, le premier.

Ce que disent nos apprenants

Des retours réels, de professionnels comme vous.

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